COMME UNE FLEUR...

 

 

 Du dé veloppement de la fleur...

          ...à son épanouissement ...

                          ... jusqu'au  flétrissement...

 

 

 

Lorsque le printemps s'avance, l'amateur d'iris, impatient de voir ses plantes fleurir,

passe un doigt fébrile sur la base des bouquets de feuilles qui commencent à s'élever.

S'il sent un léger renflement, il sait qu'une fleur est en formation et il se met à rêver

de ce qu'il pourra admirer dans quelques semaines.

Car les fleurs d'iris se développent dès le début de la poussée printanière.

Elles naissent au cœur des trois feuilles qui se dressent,

bien verticales, à l'extrémité du rhizome.

Comme le reste de la plante, elles croissent avec une extraordinaire rapidité.

Le début se situe vers la mi-février, ici, dans les contrées tempérées

comme le centre ouest de la France.

Il faut que tout soit prêt pour la mi-mai, soit environ 90 jours plus tard.

C'est à dire que la croissance va atteindre et même dépasser un centimètre par jour !

 

Combien de millions de cellules cela représente-t-il par période de 24 heures ?

La différenciation est immédiate, de sorte que, en effet, très vite l'amorce

des fleurs et de la tige qui les porte est sensible au toucher avant d'être visible

à l’œil nu sous la forme d'un renflement qui peu à peu s'élève et s'arrondit

au centre de son triple bouquet de feuilles.

 

Tous les éléments de la future fleur sont là.

 

Si, comme pour une future maman, on faisait une échographie de l'iris

à ce moment, on distinguerait les différents éléments qui

constitueront la sommité de la hampe florale.

Le rameau porteur, les boutons blottis dans leur enveloppe qui deviendra chitineuse,

les pétales qui seront roulés comme un cigare dans l'enveloppe formée par

les sépales, eux-même délicatement enroulés.

 

Plus le temps passe, plus ces différents éléments se distinguent et s'accroissent.

Le jardinier qui se projette dans l'avenir peut mesurer chaque jour

les progrès accomplis.

Il se gardera bien de serrer ce renflement entre ses doigts de peur

d'écraserles tépales encore tellement fragiles,

mais il pourra mesurer la progression des ces promesses de fleur.

Peu à peu le bouton prend sa forme caractéristique, lenticulaire,

irrégulière chez les iris tétraploïdes

(l'un des côtés est presque droit, l'autre s'arrondit, les deux se rejoignent au sommet

de la future fleur en une pointe plus ou moins acérée).

 

À quelques jours de leur éclosion, les fleurs pointent leur nez

hors de leur enveloppe verte.

Ce que l'on voit, c'est l'extérieur des sépales.

Le reste de la fleur est encore précieusement abrité.

Au fil des jours, la couleur se précise, puis, brusquement, l'ensemble se déploie...

Les sépales s'écartent et libèrent les pétales qui prennent aussitôt leur forme

plus ou moins en dôme.

 

Le plus souvent deux fleurs s'ouvrent à peu près au même moment :

l'une sur la partie basse de la tige, l'autre vers le sommet.

Sur les plantes les meilleures à ce point de vue, la floraison va être progressive :

pour une meilleure durée de la floraison, il ne faut pas que toutes les fleurs

s'épanouissenten même temps, ni même en quelques jours ;

un étalement permettra de profiter plus longtemps de la floraison.

Autant d'un point de vue esthétique que de solidité de la tige,

les fleurs ouvertes doivent se répartir tout au long de la hampe.

 

Il en est dont ce sont les fleurs de l'extrémité qui éclosent toutes en même temps ;

elles s'entassent et se gênent, elles donnent trop de poids à cette partie haute et,

à la première occasion – coup de vent ou averse – la tige va verser...

Quelque fois les rameaux inférieurs, au nombre de deux ou trois,

ne réussissent pas à s'écarter de la tige principale ;

les fleurs, de ce fait, s'écrasent sur cette tige et ne parviennent pas

à leur plein épanouissement...

Ce sont là des défauts qui n'apparaissent pas forcément aux yeux d'un

admirateur subjugué par les couleurs de la fleur,

mais que les obtenteurs qui aiment tendre vers la perfection

autant qu'ils redoutent le verdict de leurs juges savent bien reconnaître

et tentent d'éliminer en ne sélectionnant pas les plantes ainsi constituées.

 

Une autre anomalie qui vient parfois perturber la floraison est aussi

la conséquence d'un aspect de la fleur pourtant très positif sur un autre plan :

des tépales très abondamment frisés se trouvent étroitement imbriqués

les uns dans les autres et ne parviennent pas à se séparer complètement ;

c'est comme une salade trop frisée

dont on ne peut pas détacher les feuilles sans les déchirer...

 

Il reste encore quelque chose qui peut venir gâcher le bonheur de l'amateur d'iris.

Il s'agit de la durée de vie de chaque fleur.

Les fleurs un peu molles, dont la matière est mince ou fragile,

vont se faner très rapidement.

Les fleurs d'iris sont importantes. Ce sont de grosses fleurs qui offrent aux intempéries

et à l'action du soleil une grande surface sensible aux altérations.

Pour qu'elles durent il faut qu'elles soient épaisses et résistantes.

Souvent, dans les catalogues, les producteurs insistent sur la nature cireuse

de la matière des tépales.

Ils ont raison car c'est un gage de durée autant que d'élégance.

Mais on rencontre aussi des fleurs minces et sensibles à la moindre pression...

 Ces fleurs-là vont se flétrir rapidement.

L'amateur n'aura guère le temps de tirer de chacune tout le profit

esthétique qu'il en espère.

Son plaisir sera de courte durée.

Surtout si le nombre de boutons floraux est peu important.

Cependant, quelle que soit la résistance des parties florales,

leur espérance de vie est malgré tout réduite

(pas plus de deux ou trois jours avant le début de la flétrissure).

Celle-ci va se manifester par un épuisement progressif de l'eau qui

imprègne la matière florale, ce liquide interstitiel qui assure

la cohésion entre les cellules.

Les parties extérieures, les plus minces, vont s’assécher et commencer à se recroqueviller.

Le phénomène va progressivement gagner l'ensemble de la fleur.

En se desséchant les sépales vont se refermer autour des pétales,

un peu comme un parapluie inversé;

le liquide va s'écouler si le soleil n'est pas là pour l'absorber.

En peu de temps, la fleur séchée aura perdu toute sa substance et se résumera à

une sorte de petit morceau de papier chiffonné, grisâtre,

alors que, si la fleur a été fécondée, la base commencera à se gonfler.

 

Le cycle floral est terminé, mais commence celui de la multiplication.

Le jardinier, s'il n'a pas pratiqué l'hybridation manuelle de ses iris,

va devoir s'éloigner de son domaine de rêve, pour une longue période d'attente

et de réflexion,qui va durer sept ou huit mois,

avant que ne recommence le cycle de la nature...

 

 

Par Sylvain Ruaud Président d'honneur de la SFIB